Avant d'être la colistière du candidat républicain, Sarah Palin n'était connu que par les quelques habitants de l’Alaska qui la connaissaient comme leur gouverneur. Le choix de cette « outsider », a surpris tout le monde, en particulier les républicains eux-mêmes. En effet, il s’agissait d’une décision de dernière minute. En choisissant Palin (44 ans), les responsables de la campagne de McCain voulaient montrer à quel point le Parti républicain était moderne et ouvert d’esprit tout en restant fidèle à ses principes. Mais c’était aussi une décision stratégique destinée à attirer les partisans, et surtout les partisanes, de la malheureuse candidate démocrate, Hillary Clinton.
Cette stratégie a bien marché au début. Un grand nombre de femmes du camp républicain, mais du camp démocrate également, s'est enthousiasmé pour Sarah Palin qui apportait de la fraîcheur à John McCain avec son apparence dynamique, son franc-parler et sa confidence en soi. Dès sa première apparition publique en tant que colistière, elle s’est présentée comme une mère de famille qui réussit sans problème à gérer vie familiale et responsabilité politique. Dans son discours, la gouverneur de l’Alaska a dessiné d’elle-même l’image d’une « hockey mom », c'est-à -dire une femme solide qui remplie néanmoins parfaitement son rôle de mère. Devant des milliers de républicains présents à la convention du parti, elle s'est interrogée sur la différence entre une « hockey mom » et un pitbull. Sa réponse « du rouge à lèvres » a fait rire le public. Sarah Palin essaie par tous les moyens de montrer son puissant féminisme. Et elle en avait bien besoin dès le jour de sa désignation comme colistière, puisqu’elle devait réagir aux informations sur la grossesse hors mariage de sa fille Bristol, qui n'a que 17 ans. Palin a ainsi affirmé que sa fille allait se marier avec le père de l’enfant. Elle-même mère d’un bébé trisomique a par ailleurs expliqué que chaque enfant était un don de Dieu et mérite d’être aimé en tant que tel. Malgré des rumeurs contradictoires, Palin semble appartenir à un courant évangéliste et défend le concept du créationnisme. Pour certains, le choix de Sarah Palin était un symbole de la modernité du Parti républicain sans renoncer à ses principes conservateurs. En conséquence, la colistière a fait progresser John McCain dans les premiers sondages qui ont été réalisés peu après sa désignation.
Mais les apparences et les valeurs ne suffisent pas pour gagner une élection présidentielle. Les candidates doivent aussi faire preuve d’une bonne connaissance de tous les dossiers d’actualité qui préoccupent les citoyens américains. Et c’est là où réside la faiblesse de Sarah Palin. Ses derniers interviews et discours ont révélé toute son ignorance, en particulier en politique étrangère. A la question d’une journaliste sur ses connaissances de la Russie, elle a par exemple répondu : « On peut voir la Russie depuis la côte de l’Alaska ». Il s’est d’ailleurs avéré que Sarah Palin n’avait jamais rencontré un chef d’Etat étranger avant sa désignation au poste de colistier et n’avait quasiment pas voyagé de sa vie.
Ces révélations ont été suivies par des accusations d’abus de pouvoir. Un rapport d’enquête parlementaire a enfin conclu que Palin a utilisé son pouvoir de gouverneur pour en limoger le chef des forces de sécurité de l’Alaska. Ce dernier avait refusé de licencier le policier (« trooper ») Mike Wooten, ex-beau frère de Palin en instance de divorce houleux avec la sœur de la gouverneur. A ce scandale, connu sous le nom « troopergate », s’ajoutent d’autres informations qui mettent en cause la réputation et la compétence de la colistière, notamment une vidéo dans laquelle on la voit recevoir la bénédiction d’un chasseur de sorcières africain. Le « ticket » présidentiel républicain a perdu ainsi de plus en plus de crédibilité au cours des dernières semaines de la campagne électorale.
Leur stratégie offensive contre le candidat démocrate n’a fait que renforcer cet effet négatif. Notamment Sarah Palin est allée très loin en accusant Barack Obama d’être proche des réseaux terroristes. Le camp républicain joue avant tout avec la peur des citoyens américains et il n’hésite pas de se servir de clichés racistes dans le but de combattre les démocrates.
Iris HARTL
Article publié le 31/10/2008 Dernière mise à jour le 04/11/2008 17:30 TU