Présentation

Fréquences

Nous écrire

Newsletter

Podcasting

Partenaires

Dossier presse

 

direct

direct

direct

04 : 04 TU

Logo temps universel 

 

Conférence Euromed-IHEDN

L’Algérie, étonnamment et terriblement proche de la France

Intervention de Fatima KARADJA, Algérie
Fatima Karadja : psychologue, DEA de psychologie sur « les carences affectives précoces Â», consultante auprès de la Cité des Sciences d’Alger, auprès de l’OMS département Afrique, auprès de l’État du Qatar, formatrice dans le cadre des ateliers de l’Unicef.  Formatrice à l’OMS sur la santé mentale et à l’Institut nationale de la Santé publique, consultante en psychologie auprès de la Direction générale de la Sûreté nationale, (…)

« Un point de vue algérien sur les facteurs structurants, liés à la guerre,  de la population algérienne Â» 

- Akram Belkaïd : je donne immédiatement la parole à Mme Fatima Karadja qui, je crois, nous amène un regard tout à fait intéressant dans la mesure où il s’agit d’une femme de terrain et je crois que si on peut qualifier vraiment c’est de ce qualificatif là. Vous avez travaillé dans de très nombreux départements sur les problématiques liées aux carences affectives notamment, et à partir de tout cela que ce soit d’ailleurs en Algérie, en Afrique, dans le Golfe et plus globalement pour l’UNICEF, vous avez pu acquérir une expérience tout à fait exceptionnelle sur la problématique de la souffrance et de la douleur rattachées aux individus. Et donc vous allez nous parler aujourd’hui un peu de cette problématique et de la souffrance et des éléments structurants liés à la problématique de la relation franco-algérienne vue cette fois-là du côté algérien également.

- Mme KARADJA : Merci Monsieur le Président et bien que sachant que vous allez gérer le temps d’un façon rigoureuse, comme vous me l’avez promis, je ne dérogerai pas, quand même, à prendre quelques instants pour dire merci à Euromed-IHEDN que je découvre. Je découvre l’association, je découvre cet espace de partage, d’échanges en dehors de toute polémique pour essayer de trouver, de façon pragmatique, les voies, la voie peut être des petits pas, la voie des grandes pensées et surtout la voie des grands cÅ“urs qui peuvent rétablir le lien, ce fil dont parlait Monsieur, un lien si fort, si puissant et en même temps si vulnérable ; je vous remercie donc de m’avoir fait participer, de m’avoir fait découvrir votre association.

Bien France –Algérie : peut-on parler de contradiction ? Je dirais plutôt de rapports ambivalents, des rapports frappés d’ambivalence, dès qu’on évoque les relations France-Algérie.

Cette ambivalence, loin d’être un handicap, est le signal de relations pleines de vitalité et les psychologues (j’ai cru savoir qu’il y en a dans la salle) partageront avec moi l’idée que l’amour et la haine loin d’être des opposés, restent très contigus et la haine n’est, en fait, que le visage transfiguré de l’amour contrarié.

Donc, au lieu de craindre la haine, essayons de la vider de sa substance négative et destructrice, pour la recharger d’une dynamique vitale et constructive.

C’est, je crois, ce qui nous interpelle ici, tous autant que nous sommes, en tant que personnes, en tant que groupes, en tant qu’entités en tant qu’identités.

L’un des préalables à cela, est le devoir de mémoire, du fait que c’est la mémoire qui construit les identités, le devoir de mémoire reste impératif et incontournable ; tout le génie consiste à ne pas le transformer en culte de la rancune.

A propos d’identité, je souhaite revenir sur « les fractures et fragmentations de la société Algérienne Â» exposées, ce matin par M RIVET.

D’aucuns seraient plus musulmans que d’autres, d’aucuns seraient plus berbères, d’aucuns plus arabes …

Qui suis-je, je suis seulement et totalement Algérienne avec tous les éléments qui m’ont construite, y compris ma part de « francité Â» mais je ne suis pas Française, (même si à un moment j’étais considérée comme telle)

C’est vraiment lassant, cette stigmatisation, cette atomisation qui consiste à coller et juxtaposer des archétypes et des images figées sur une réalité beaucoup plus complexe.

Car l’identité algérienne est le produit d’une diversité régionale, culturelle, géographique, historique ; elle est la résultante d’une histoire millénaire qui a fusionné pour consacrer son unité et son unicité.

Ceci m’amène à la notion de « reconnaissance Â» évoquée par Mr Benjamin Stora que je salue pour sa pertinence

Le dépassement passe par la reconnaissance, ce n’est pas un combat ni du militantisme pour moi, je ne parlerai pas de « repentance de repentir Â», (le terme requérant d’autres approches) mais de reconnaissance : reconnaître les faits et les réalités y afférent, m’apparaît comme une démarche inévitable et inéluctable de réparation.

Aussi, je n’irai pas faire l’apologie du colonialisme mais je pense que dans l’ordre mondial de l’époque, il était le modèle de rapport de force privilégié.

Il n’est pas exclu que nos descendants feront, un jour, le procès de la mondialisation comme étant un crime contre l’humanité, car elle est le rapport de force d’aujourd’hui, là où le dominant écrase le dominé et sur ce plan, rien n’a changé.

Cela prend des formes plus digestes par rapport au contexte et au goût du jour.

Alors, au lieu de s’attarder sur des revendications, quelle que soit leur légitimité, il y a peut être lieu de poser les questions clairement.

Avons-nous eu le temps, de part et d’autre, de métaboliser cette part douloureuse d’histoire commune ?

Je crois qu’il faut faire confiance en Le Tout Puissant Chonos, le temps, lui seul saura apporter l’apaisement, panser les blessures jusqu’à la cicatrisation.

Mais pour évoluer dans ce sens, il faut faire barrage, comme disait un précédent orateur, à tous les marchands de soupe qui se font des cartes de visites et des biens en manipulant et en entretenant des souffrances qui persistent du fait de cette attitude qui consiste à cristalliser en kystes de crispation, ce qui aurait dû être normalement dépassé.

C’est ainsi qu’on a parlé aussi du fameux « hizb França Â», le parti de la France, ce concept qui était lié à l’administration coloniale est devenu aujourd’hui la tarte à la crème où l’on met tout et rien ; on s’en sert surtout pour stigmatiser les francophones, qui n’ont rien de Français ; ce sont des Algériens qui préservent leur butin de guerre, c'est-à-dire une langue, une part de culture, une certaine civilisation sans entraver leur authenticité

Et là, permettez-moi d’émettre un commentaire sur l’absence totale de stratégie incisive de la France officielle en terme de développement culturel et linguistique.

Vous avez évoqué M Rivet la question de la lecture et de l’appropriation de la langue Française, pas seulement une partie mineure de la société Algérienne.

Et pourtant, combien y a-t-il de jeunes écrivains francophones (de 30 ans) donc de l’Algérie post indépendance.

A titre d’exemple :

L’an dernier, il s’est tenu un salon international du livre à Guelma (Est Algérie) j’étais parmi les participants, et les organisateurs avaient estimé qu’il était plus opportun de mettre le paquet sur les éditions en arabe considérant qu’à « Guelma, le Français n’était pas leur tasse de thé Â».

Il y a eu une razzia sur le stand en Français, et cela a failli se transformer en émeute, tant la demande était exacerbée ; il a fallu réachalander le stand et tout y est passé : ouvrages techniques, scientifiques, romans, bandes dessinées, livres de cuisine ….

Donc je crois que nous sommes appelés à faire l’effort, de part et d’autre, d’éliminer les stéréotypes, les préjugés et les images figées.

Vous avez également parlé de « paysannerie Â», les mutations sociales accélérées et l’homogénéisatrice qui s’est faite par la démocratisation de l’université a produit une génération qui aspire à la technocratie.

Les jeunes ne veulent pas être paysans, ceci se traduit par un déficit dans le secteur agricole et c’est un problème sérieux puisque l’exploitation de l’agriculture est une remarquable ressource pour l’Algérie.

Aussi, l’Etat a-t-il mis en place tout une série de programme de développement rural avec des appâts à la clef pour tenter d’attirer les jeunes vers ce secteur vital.

En évoquant la jeunesse, je rebondis sur la question de la décennie noire.

Il a été dit durant ce colloque que la France a aidé le pouvoir Algérien à combattre le terrorisme.

Je suis au regret d’affirmer le contraire car on lui faisait grief d’avoir interrompu le processus électoral.

Il est vrai que de ce coté de la méditerranée, en terre de démocratie confirmée, on ne saurait comprendre à quoi peut correspondre l’arrêt d’un processus électoral en dehors d’une atteinte aux principes de la démocratie, mais la réalité est autre.

Ceux qui utilisaient les outils de la démocratie pour accéder au pouvoir se targuaient ouvertement de mettre fin à toute forme de démocratie, considérée par eux comme une hérésie, incompatible avec un régime théocratique, une fois leur objectif atteint.

On pouvait les croire car on est payé pour savoir ce qu’il en est de ce type de régime, à travers toute l’histoire.

C’est pour cela que l’arrêt du processus électoral de 1992 était un acte salutaire pour l’Algérie et la République.

A cet effet, on se souviendra de la regrettable phrase de feu le Président Mitterrand, qui a dit « il faut que le processus reprenne Â» ceci a déclenché l’ire de tous, en Algérie, pas seulement les politiques mais toute le société a réagi ; « de quel droit se permet-il de dire « il faut Â» a-t-il oublié que l’Algérie est indépendante Â».

Là il n y avait pas d’aide de la France officielle. Les Algériens se battaient seuls et dans l’isolement total contre cette monstruosité qu’est le terrorisme.

Mieux, les tueurs d’enfants, les brûleurs d’écoles, les violeurs de fillettes, les massacreurs à outrance et j’en passe, (j’ai du mal à ouvrir ce canal, car moi-même, j’en garde un traumatisme, pour avoir été aux premières loges de la tragédie), donc eux-mêmes revendiquaient leurs crimes, et les  atrocités commises au nom de leur hégémonie, et ils avaient des avocats qui les dédouanaient gratuitement de leurs crimes ; des voix autorisées en terme de crédibilité, en terme d’écoute, en terme d’opinion, qui répliquaient : «  non, non, là c’est le régime qui tue, ce sont les militaires Algériens, qui tue qui ?… etc. Â»

Mais bon sang, ces militaires avec tous les avantages voire les privilèges qu’ils ont eus, il fallait bien qu’ils jouent leur rôle, et nous protéger en usant de la force légale. Nous, les populations nous étions déterminées à lutter, mais seuls, nous étions impuissants, devant cette barbarie, cette cruauté, cette hydre qui menaçait, non seulement, notre pays, non seulement nos vies nos biens, mais qui menaçait notre humanité :

Que dire quand on détruit au-delà de la mort, qu’on mutile un museau de vache, qu’on extirpe un fÅ“tus déjà mort, du ventre de sa mère et qu’on l’égorge encore : c’est l’éradication du sens même de l’humain.

Quand on empêche d’inhumer les morts c’est quoi ?! Toutes les civilisations, toutes les cultures, toutes les religions, ont, en commun, justement ce rituel de séparer le monde des vivants de celui des morts ; ce rituel mortuaire est, en fait, un rituel de vie qui construit le deuil et permet le rétablissement du continuum existentiel chez les survivants :

C’est un hymne à la vie.

Eh bien, ils empêchaient cela de se faire afin de détruire tout ce qui était ressources et force vives du pays, afin de faire régner le chaos.

Aussi, il Ã©tait assez épouvant d’entendre les pays de liberté et de démocratie les considérer comme étant « les groupes armés revendiquant leur droits démocratiques ».

C’est pourquoi la société civile algérienne a réagi, Devant l’incapacité du régime avec son déficit en communication notoire qui ne parvenait pas à informer le monde sur la réalité des événements, d’un coté et une communication performante et magistrale de la part des terroristes, nous étions complètement désespérés devant cette incompréhension.

C’est ainsi que nous nous sommes mobilisés, pour dire non, nous n’acceptons pas ce diktat.

Nous refusons de vivre comme des morts car on n’espérait plus vivre, on espérait une mort douce, on disait : Â» s’ils m’ont, j’espère qu’ils me donneront une balle, qu’ils ne vont pas m’égorger etc… Â»

On n’était plus dans une perspective de vie, on était complètement dans le Thanatos.

Avant de sortir, le matin, on organisait notre mort : on mettait dans les tiroirs de commode les documents familiaux importants pour les rendre accessibles, au cas, fort probable, où on ne revenait pas.

Alors en refusant, ce diktat, la société civile s’est mobilisée pour faire face et aussi pour dénoncer.

Je dois dire qu’en France on a eu, grâce aux réseaux de militants et notamment les réseaux de femmes un soutien formidable et des relais efficaces, ce qui a permis d’inverser l’équation et faire reconnaître que c’est toute la société qui était prise comme cible, de façon indiscriminée, par cette folie meurtrière ; folie meurtrière que nous appelons toutes les nations à combattre ensemble.

Et je me réjouis aujourd’hui de savoir que, sur ce plan, il y a une très grande coopération, très élaborée, très concertée entre les polices, entre les différents corps qui sont investis dans la lutte anti terroriste.

Cela peut être ainsi pour la mise en œuvre de la politique des petits pas à la place de celle des grandes déclarations sans suite.

A titre d’exemple, et dans un tout autre registre, je citerai la participation de la France à la réhabilitation du site de la cathédrale de Notre Dame d’Afrique, ce fleuron du pacifisme de l’Algérie d’Antan ; ce fleuron du patrimoine où on rencontrait les mères juives, chrétiennes, musulmanes, toutes dans un même élan venaient allumer des neuvaines pour implorer Notre Dame des trois religions d’exaucer leurs vÅ“ux.

C’est dire qu’il n’y avait pas de fractures au sein des populations il y avait une politique militariste et colonialiste.

Cela, il faut en tenir compte c’est la réalité des liens qui existaient toujours.

Dès lors, quelles pourraient être les voies et moyens à explorer pour concrétiser une relation dont les potentialités énormes n’attendent que d’être exploitées ?

Comment mettre en place des choses réelles, pragmatiques, réalisables ?

La première chose, c’est de ne pas se focaliser sur le discours politique car ce n’est pas la surenchère qui permettra l’évolution de la situation, c’est plutôt le renforcement de la démarche pratique des « petits pas Â», de la mise en place de processus à même de permettre un réel partenariat.

*****

M Stora a dit tout à l’heure qu’il était indispensable que chacun admette et intériorise définitivement l’idée que l’Algérie est un pays souverain.

Donc, à partir de là, il s’agit de mettre en place des axes de partenariat, un partenariat véritable, librement consenti par les deux parties et fondé sur les intérêts respectifs clairement déclarés.

Il ne faudrait en aucun cas s’attendre à ce que l’Algérie consente à devenir un simple marché, pour l’écoulement des produits du Nord, et de l’autre coté que les Algériens s’attendent à ce que le partenaire vienne lui livrer ses investissements clef en main.

C’est entre autre pour cette raison que le climat de gouvernance est déterminant. A ce titre l’Algérie a exprimé clairement sa volonté de parvenir à un champ de bonne gouvernance, notamment en se soumettant à toutes sortes d’évaluations.

C’est pour cette raison que je voudrais aborder le sujet du MAEP ; mécanisme Africain d’évaluation par les pairs et la Commission Nationale de Bonne Gouvernance CNG, que j’ai eu le privilège de présider.

De quoi s’agit-il ?

Je pense que vous connaissez tous le NEPAD (le nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique) qui est une initiative des nouveaux leaders de l’Afrique qui ont jugé qu’après 4 décennies d’indépendance, on ne pouvait pas tout mettre sur le dos du colonialisme, et qu’il fallait se remettre en question pour élaborer de nouveaux modèles de développement.

Ce concept se fonde sur la dynamique du compter sur soi, sur ses propres capacités, devenir acteur de son propre développement avant de recourir aux partenaires au développement.

Le premier acte concret né de cette vision a été le MAEP.

L’originalité de ce mécanisme réside en deux éléments :

-         le premier est que l’adhésion est volontaire.

-         Le 2ème est que l’évaluation n’est pas suivie de sanctions (comme l’évaluation banque mondiale, ou FMI), mais elle va conditionner l’aide au développement pour les pays qui en ont besoin.

Cet aspect un peu couleur locale n’en est pas moins forgé aux standards internationaux en matière d’outils, d’indicateurs et de normes.

 Il porte sur les 4 axes de gouvernance :

·        gouvernance politique démocratie et droits de l’homme.

·        Gouvernance économique (système bancaire, système de régulation)

·        Gouvernance d’entreprise (climat des affaires, lutte contre la corruption)

·        Développement socio-économique.

L’architecture du dispositif est fondée sur l’objectif de développement global, afin de répondre aux exigences du millénaire.

L’exercice commence par une auto évaluation effective effectuée par les nationaux et pilotée par une Commission Nationale de Gouvernance (CNG), sur la base d’un questionnaire nominatif.

En Algérie la CNG est composée de 99 personnes représentant les secteurs gouvernementaux, la société civile, les partis politiques, les parlementaires, les universitaires, les opérateurs économiques, les medias, …

Le questionnaire est diffusé à travers le territoire national et complété par une enquête d’opinion.

Tout le débat, et les matériaux recueillis, vont faire l’objet d’une compilation documentée pour constituer le rapport national d’auto évaluation, accompagné des mesures de régulation y afférent figurant dans un plan d’action ; ceci doit faire l’objet d’une validation nationale par toutes les parties prenantes avant d’être soumis aux experts du MAEP. Ceux ci vont procéder à une contre évaluation sur terrain, pour produire, au final, le rapport d’évaluation de l’Algérie et le programme d’action triennal.

Ce rapport a été présenté au Forum des chefs d’Etat en Juillet 2007 au Ghana.

Ceci a fait dire à la représentante de l’Ambassade de France au Ghana « vraiment nous sommes agréablement surpris ; nous nous attendions à un rapport surfait, plein d’autosatisfaction, de langue de bois ; nous avons été surpris par la teneur de ce rapport en terme de sincérité, en terme de transparence, et en terme de rigueur par rapport aux normes ! Â»

Il y a lieu de considérer ce type de démarche comme un progrès de gouvernance, puis qu’il y a un suivi du programme d’action, donc l’engagement du gouvernement par la voix de chef de l’Etat.

C’est un progrès en Afrique, en ce sens où l’adhésion et la soumission à l’évaluation, qui a commencé frileusement avec seulement 5 pays Ghana, Kenya, Rwanda, Algérie et Afrique du Sud entre 2004 et 2007, atteint aujourd’hui le nombre de 28 pays, c'est-à-dire plus de la moitié des Etats membres de l’Union Africaine.

C’est un progrès de faire sa propre autocritique, accepter l’évaluation et les recommandations, accepter le regards des autres et mobiliser ses propres ressources en premier lieu avant de faire appel à l’aide du développement.

L’Algérie l’a fait ; reste maintenant à réaliser le programme d’action dont une bonne partie consiste en l’assainissement du climat des affaires et des investissements la lutte contre la corruption (impliquant autant corrupteurs que corrompus)

Permettre de réaliser enfin ce fameux partenariat privilégié entre la France et l’Algérie.

A quelques brassées de mer l’une de l’autre, avec un patrimoine commun, une histoire partagée même douloureuse, tout ce qui touche l’Algérie, se répercutera sur la France, dans son identité, dans sa réalité, dans son vécu au quotidien. Donc de toutes part, nous sommes sommés de revoir nos certitudes pour essayer de trouver les voies de la réparation et de positiver cette chose merveilleuse que nous avons en commun, c'est-à-dire, un passé partagé, une réalité à partager et un devenir commun.

Des deux cotés on se doit de restaurer les liens et de rétablir les fils, oui Monsieur vous en parliez tout à l’heure avec une grande émotion ; ceci équivoque en moi et j’en aurai terminé, un passage du poème « le prophète Â» de Gibran Khalil Gibran, qui dit :

« Mais je vous dis, de même que le saint et le juste ne peuvent s’élever au dessus de ce qu’il y a de plus élevé en vous,

Ainsi le mauvais et le faible ne peuvent tomber au dessous de ce qu’il y a également de plus bas en vous.

Et le juste n’est pas innocent des actions du méchant,

Et celui qui a les mains blanches n’est pas indemne des actes du félon.

Car ils se tiennent tous deux devant la face du soleil, tout comme les fils noirs et blancs sont tissés ensemble,

Et quand le fil noir vient à ce rompre, le tisserand vérifie tout le tissu, et il examine aussi le métier Â».

Je vous remercie de votre attention.

*****

- Akram Belkaid : Merci Madame d’etre revenue sur des éléments importants surtout que vous n’avez pas forcement évoqué la période critique de la guerre civile et des années de tragédie qu’a connu l’Algérie et qui s’intègre dans cette réflexion générale d’aujourd’hui surtout que d’une certaine manière on ne la voit pas coté français et on ne la voit pas beaucoup, je pense qu’il est très important, Benjamin Stora y avait fait allusion, je crois qu’il est très important de la prendre en compte pour la remettre justement au pot commun de nos interrogations. Et ce que vous évoquez en conclusion, justement sur effectivement désormais sur la capacité à pouvoir s’auto-analyser et à s’auto-critiquer est sans doute un élément très important aussi des solutions globales. Voilà, j’offre la parole à la salle pour 10mn puisque on devra s’arrêter à 12h30 piles et bien entendu, ceux qui avaient pu se sentir frustrés des questions antérieures concernant l’ensemble des intervenants, qu’ils n’hésitent surtout pas à poser des questions.

- Oui, bonjour Madame, Meriem Sidhoum-Delahaye, je m’étais présentée tout à l’heure. Ce que vous avez dit sur la décennie noire etc. je ne vais pas y revenir (tenez le micro très près). En revanche, je reviendrai sur ce que vous avez dit en dernier c'est-à-dire sur tout ce qui est les mécanismes d’auto-évaluation dans le cadre de l’instauration du NEPAD. Je vais peut être paraître un peu provocatrice. Je ne suis pas à priori adepte de l’évaluation FMI, Banque Mondiale, etc. effectivement, mais je pense qu’il peut y avoir un chemin j’allais dire médian. parce que constat-t-on dans le NEPAD, et c’est là ma partie un peu provocatrice, c’est que je suis désolée, je pense que tous les pays, hormis peut être un ou deux qui en sont membres, ne sont pas des exemples de transparence, ne sont pas des exemples de probité. La corruption pour ne citer que l’Algérie par exemple. L’Algérie tout le monde le dit et c’est certainement peut être la décennie noir qui y est pour quelque chose puisqu’il faut un certain niveau de chaos pour, le chaos est très bon pour les mauvaises affaires je dirais. Donc comment des gens, j’allais dire des Etats dans leur fonctionnement qui ont pris de mauvaises habitudes peuvent-ils tout d’un coup eux-mêmes sans y être j’allais dire un peu aidés et c’est  pour ça que je dis une voie médiane, s’auto évaluer et j’allais dire finalement se donner des certificats de bonne conscience et de bonne gouvernance. Voilà. Merci.

- Akram Belkaid : « On va prendre plusieurs autres questions. Monsieur l’Ambassadeur LA FRANCE Â»

- Monsieur l’Ambassadeur : « je vous remercie pour votre exposé, je sais à quel point la question de la gouvernance est une question délicate et quel point elle est absolument déterminante dans les événements que nous avons connu. Et je crois que l’on peut dire et j’avais participé à une réunion de groupe d’experts sur le début des années noires en Algérie et il fallait bien reconnaître que ce début des années noires sanctionnait de longues années de mauvaise gouvernance. C’est vrai. Et donc il y a beaucoup à faire. Et tout ce qu’à dit Benjamin Stora et tout ce que vous avez dit sur les fils et sur tout ce qui peut retentir dans un pays, tout ce qui peut retentir de ce qui se passe dans un pays dans l’autre, montre à quel point les notions pourtant fondamentales de non-ingérence et d’absence de responsabilité collective sont difficile à respecter, à observer. Ce qui explique effectivement certain soubresauts, certaines difficultés de la politique franco-algérienne. Il reste que les années noires ont eu lieu, elles ont belle et bien existé et il faut finir par en sortir, par trouver une issue, par trouver un temps nouveau pour l’Algérie. Alors vous avez décrit en termes extrêmement plus que sévères, en termes pratiquement incandescents les tendances théocratiques et pourtant il faut bien une réconciliation nationale. Alors quel est votre point de vue sur les tentatives de réconciliation nationale ? Â»

- Mme Karadja : Si vous me permettez, je vais répondre à la question de Madame.

Justement il ne s’agit pas de se donner bonne conscience ; il y a évaluation par des experts, mondialement réputés, il y a dans tout pays des ressorts vitaux et j’en prends à titre d’exemple le mien qui n’a pas sombré malgré tous les assauts,intérieurs je parle, c’est parce qu’il y a des forces vives qui sont là. Donc si ces forces vives optent pour une amélioration, je ne dis pas un rétablissement, une rédemption, pour une amélioration de la gouvernance, comment ne pas y croire ? Comment ne pas y adhérer ? je n’ai pas le regard distancié qui est le vôtre, j’ai le regard intérieur, je suis dedans et je veux en être. C’est peut être la différence ; je suis condamnée à l’optimisme. Je suis condamné à l’optimisme parce que sans optimisme, les islamistes seraient au pouvoir. Quid de l’Algérie. Quid de la République et c’est pour cela que (Monsieur a employé ce matin un terme « Ã©speramment Â»), je persiste éspéramment à croire aux valeurs nobles d’une société, au génie d’un peuple qui va retrouver ses marques. Je ne dis pas que ça va être quelque chose qui va couler de source, qui va régler les problèmes de l’Afrique. Les pays qui ont été ravagés par les coups d’Etat, par les génocides, par la maladie, par tous les maux de la terre, sur un continent aussi riche que l’Afrique, eh bien il y a de quoi se révolter quelque part et dire il faut que ça change en forçant cette petite percée qu’il y a dans la cuirasse. Vous me rappeler votre confrere qui m’avait dit : « alors c’est quoi ça ? ce sont des dictateurs qui vont evaluer d’autres dictateurs ? Â». alors je lui ai dit « ecoutez, si en s’evaluant, ils vont voir dans le regard de l’autre qu’ils sont mal barrés et que ça va mal se terminer pour eux comme ça s’est passé, en Irak, on a vu ce qui s’est passé au Tchad et qui n’est pas terminé, donc ça donne à reflechir aux dirigeants et de se dire il est peut etre temps d’amorcer le virage et moi j’y crois et je me dis qu’il faut l’accompagner. Si l’occasion m’est donnée, j’accompagen ce virage. Je suis issue de la société civile, je ne suis pas gouvernementale. Le premier acte concret de ce fameux NEPAD qui est resté une vision magnifique mais une vision, eh bien ça a été ce mécanisme. Et ce mécanisme-là, pour bon nombre de pays africains, va constituer la conditionnalité à l’aide au développement. Parce que le développement est impératif. On ne peut pas y déroger. S’il n’y a pas de développement sur l’autre rive de la Méditerranée, il y aura toujours ces histoires de comment dire « d’immigration clandestine Â». tant que les facteurs de fascination fantasmés ou réels, seront d’un coté ou de l’autre coté les facteurs de répulsion, s’il n’y a pas un rééquilibrage de l’équation, il y aura toujours des quêtes de ce genre qui vont perturber l’ordre de la région. Et là je vais aller vers la question de Monsieur : j’étais peut être indescendante, peut être révoltée parce que je porte encore les stigmates de cette période dans mon cÅ“ur et dans ma tête mais je n’ai aucune haine. Le travail que j’ai fait à ce moment-là lords des massacres terroristes, c’était d’aller assister les personnes victimes dans le cadre d’une équipe de bénévoles, et quand allez dans une communauté, vous allez avec vos idées, vos positions tranchées. On partait en tant que groupe auprès des victimes exclusivement les victimes de terrorisme et puis vous rencontrez une communauté imbriquée, intriquée où celui-ci est terroriste, celui-ci est policier, celui-ci est victime etc… et alors vous rêviez votre copie. Vous venez avec l’idée d’aider ceux-ci contre ceux là. Non. Non vous devez rétablir ce qui est humain et qui a été volontairement extirpé, les valeurs de l’humanité qui ont été extirpé dans pareil contexte pour détruire ce qui est humain en l’homme. Et alors nous avons travaillé avec les veuves et les orphelins tous confondus tous ceux qui souffraient, il n’y avait pas de fractures. Et à ce moment là il y a eu un tollé et on nous disait « quoi vous allez aider les familles de terroristes ? Â» non attendez vous voyez ces enfants ils ne vont plus à l’école, ils sont pieds nus, ils ont faim, leurs mères sont désemparées. Est-ce qu’il vont aimer leur patrie est ce qu’il vont vous respecter s’ils sont exclus ? qu’est ce qui a amené cette tragédie ? Ce n’est pas la misère comme on l’a laissé entendre ! ce sont les exclusions et stigmatisations qui alimenté le terrorisme. Je suis contre l’idée qui veut que la misère provoque le terrorisme. L’histoire du peuple est emmaillée de situations difficiles : l’année du thyphus, l’année de la faim, l’année du bon etc… Toute l’histoire de l’Algérie est marquée par des étapes terribles et difficiles à vivre où les gens ne sont pas entretués. Il y a eu un parricide cette fois, c’est là qu’il faut s’interroger : quand vous avez votre enfant qui a flanché, qui a succombé au chant des sirènes, il faut essayer de le récupérer de le remettre sur la bonne voie. Il faut essayer de le réconcilier avec les valeurs qui fondent la civilisation, qui fondent l’humanité loin de l’obscurantisme et des absolus meurtriers.

La question majeur qu’on se pose aujourd’hui c’est celle de la jeunesse. Moi je suis très préoccupée par la jeunesse de mon pays parce qu’elle n’a pas trouvé sa place, sa place symbolique, sa place dans l’édifice de la république : il y a des jeunes qui se suicident, des jeunes qui se droguent à mort, des jeunes qui se jettent à l’eau avec l’utopie d’une vie meilleure, et qui meurent, il y a ceux qu’on manipule pour en faire des bombes humaines et qui meurent aussi. Ces quatre formes de suicides m’interpellent et j’interpelle les autorités de mon pays pour une stratégie plus adéquate pour se poser les vraies questions et mettre en place les mesures à même de redonner à notre jeunesse le désir d’investir les canaux de sublimation qui leur permettraient de se réapproprier et construire leur avenir.

Pacque ceux qui rêvent de partir pour un « ailleurs meilleur Â» sont ceux qui n’y sont jamais allés, ceux qui ne connaissent pas la France, ils ne savent même ce que c’est. Ils n’en ont qu’une idée parabolée. Et encore ! Voilà la question, les vraies questions qui se posent. Je suis éradicatrice peut être mais éradicatrice de la haine et des germes qui construisent la haine. Je suis non-violente et là où on a tué nous avons donné du respect de la solidarité de l’empathie, là où on a détruit, nous avons reconstruit …

Blessure collective, réparation collective, Donc je fustige le crime, je fustige l’atteinte aux droits fondamentaux de l’être humain, je ne m’attaque pas aux personnes qui méritent malgré tout d’être réhabilitées et de trouver un système qui leur permet de se réalimenter, psychiquement, moralement et spirituellement afin de renouer avec les valeurs de l’humanité.

- Akram Belkaid : merci, désolé mais je vais encore créer des frustrations mais il est malheureusement temps de conclure parce que le temps est achevé. Je donne la parole à Jean-François Coustillière pour des éléments techniques et logistiques.

Article publié le 22/04/2008 Dernière mise à jour le 22/04/2008 10:40 TU


Annonce Goooogle Annonce Goooogle